Histoire et Mission

Le Comité français pour la sauvegarde de Venise est une association privée d’intérêt général qui a pour but la restauration de monuments historiques et d’oeuvres d’art, en étroite collaboration avec les autorités italiennes, en liaison avec les autorités françaises et, le cas échéant, avec l’Unesco. Elle a été créée par un compagnon du Général de Gaulle, l’ambassadeur Gaston Palewski, alors président du Conseil Constitutionnel, au lendemain des désastreuses inondations de 1966.

Pour chaque projet précis dont il prend la responsabilité le Comité, formé de bénévoles, recueille des fonds auprès de donateurs privés et, attentif à une gestion rigoureuse excluant tout remboursement de frais, procède à un financement par tranches de travaux qui lui permet de garantir à ses mécènes une utilisation adéquate. A la réhabilitation de la Basilique de la Salute sur l’initiative de notre fondateur ont succédé sous la présidence de l’ambassadeur Gérard Gaussen une série d’interventions de qualité. Lorsqu’il m’a chargé de prendre sa suite, j’ai pensé que le Comité français devait se consacrer à un projet ambitieux et mobilisateur.

Tel a paru être le cas du Palais Royal de Venise, l’Aile Napoléonienne de la place Saint-Marc bâtie de 1808 à 1814 pour être le palais de Napoléon comme roi d’Italie, dont une partie devint dans les années 1920 le Musée Correr. En quatre ans (2000-2004), le Comité français a rendu leur éclat aux Grands Appartements de ce monument doté d’un élégant et spectaculaire décor néoclassique d’inspiration française, dû au Vénitien Giuseppe Borsato, disciple de Percier et Fontaine. Cette restauration a été effectuée grâce au soutien de la Fondation Gould, de la Fondation Napoléon, de LVMH, du World Monuments Fund et de généreux particuliers.

Enhardis par ce succès, nous nous sommes donnés pour mission de faire renaître l’ensemble de cet extraordinaire monument en récupérant et restaurant les vingt pièces qui avaient été transformées en bureaux administratifs, afin de les ouvrir au public dans le cadre d’un “Grand  Correr” : de longues et complexes négociations avec trois administrations italiennes, une organisation internationale et le ministère des Biens Culturels ont permi la libération progressive d’une immense enfilade de pièces donnant sur les jardins et le  Bassin de Saint-Marc. L’ouverture en 2012 de l’Appartement de l’Impératrice « Sissi » a été plébiscitée par les médias et a entraîné un doublement des visiteurs du Musée Correr; avec l’inauguration en 2021 de l’ Appartement de l’Empereur, de l’Appartement du Vice-roi Maximilien (futur empereur du Mexique) et de l’Appartement du Roi Victor-Emmanuel II qui réalisa l’unité italienne, c’est toute l’histoire de Venise et des arts décoratifs Vénitiens au dix-neuvième siècle qui va renaître, dans le cadre d’un Musée Correr doublant sa superficie muséale.

Ce projet de 5 millions d’euros a été entièrement financé grâce au mécénat privé : des entreprises telles que la Maison Rubelli qui a offert les tissus refaits à l’identique, LVMH, Van Cleef & Arpels, le Groupe Generali, la Compagnie Plastic Omnium, des fondations et des particuliers comme Alain et Chantal Mérieux, Henry et Béatrice Hermand, Eric et Caroline Freymond, Laurent et Regula Burelle, Ira de Fürstemberg, la Fondation Gould, la Fondation Etrillard, la VAC Foundation Moscow, les enfants de Charles-Otto Zieseniss, Matteo Corvino, Carlo et Patricia Viganò, Nina Stevens, Philippe et Tatiana de Boccard, France Majoie Le Lous, Jean-Yves et Anne-Flore Larraufie, Emmanuel Moret et le groupe des Jeunes donateurs. Des dons d’oeuvres d’art sont également venus enrichir les collections du musée : la grande statue vénitienne de Napoléon en empereur romain pacificateur par Antonio Bosa (édifiée en 1811 sur la Piazzetta à l’initiative de la Chambre de Commerce de Venise, disparue en 1814, réapparue en 2002 sur le marché de l’art à New York et acquise par le Comité français), le Nécessaire pour le petit déjeuner en vermeil créé par Odiot pour Canova, le portrait de Sissi à 18 ans (l’âge de son premier séjour à Venise), une grande allégorie de l’Unité Italienne célébrant l’entrée de Venise et de la Vénétie dans le royaume d’Italie en 1866 grâce à  l’intervention de Napoléon III, un ensemble de chaises Empire ayant appartenu au Palais Royal de Milan du temps du Vice-roi Eugène de Beauharnais…

Avec la renaissance de la Fenice, Venise a retrouvé en 2003 l’un de ses joyaux auquel le Comité français a apporté son soutien. L’Alliance française de Venise, qui joue un rôle actif pour le rayonnement de la langue et de la culture de notre pays, bénéficie également d’un soutien actif de notre Comité. Parallèlement, nous nous sommes attachés à la restauration d’œuvres d’art emblématiques de Venise : le Quadrige antique des Chevaux de Saint-Marc (mécénat du Groupe des Jeunes du Comité), les répliques des mêmes Chevaux sur la façade de la Basilique de Saint-Marc (mécénat d’Hermès) et le Lion ailé d’or sur fond de mosaïques bleues étoilées d’or sur la même façade (mécénat de Chanel).

Pourquoi Venise suscite-t-elle une telle passion? Sa beauté n’explique pas tout. Par l’équilibre unique qu’elle incarne entre l’architecture et la nature dans une ville à l’échelle humaine, Venise n’est pas seulement une Cité Idéale du passé miraculeusement conservée, mais un paradigme à méditer, un exemple dont s’inspirer, une harmonie à protéger et à revivifier pour aider les générations montantes et futures à retrouver le sens de la mesure, dans un environnement respecté et partagé. Si peu que ce soit, le Comité français pour la sauvegarde de Venise y contribue, avec admiration et ténacité, grâce à la générosité de ses donateurs, avec une discrète détermination aussi lorsque des projets inspirés par une marchandisation touristique effrénée menacent la dignité de la Sérénissime.

                                                                                                                  Jérôme-François Zieseniss